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L'envol de la lutherie électronique (suite)



Friedrich Trautwein invente le Trautonium en 1928, instrument électronique monophonique. Son contrôle s'exerce par un rail magnétique qui permet le jeu en vibrato ou le glissando sur un total de trois octaves. Tout un ensemble de traitements du timbre est présent et rend l'instrument attrayant par son jeu de sonorités. Le compositeur Paul Hindemith a été séduit par ce Trautonium. Oskar Sala a par la suite largement contribué à ses améliorations, créant le Concertrautonium en 1936 et le Mixturtrautonium en 1952 (qui ajoute des harmoniques à la fréquence unique de l'instrument original). Il a popularisé l'instrument par de nombreuses compositions, notamment dans le domaine de la musique de film. Les effets sonores du film Les Oiseaux d'Alfred Hitchcock lui doivent beaucoup. Trautwein créera aussi, entre 1948 et 1952 , l’Elektronische Monochord pour le studio de musique électronique de Cologne (WDR, Radio Ouest-Allemande).


Le plus populaire de tous les instruments électroniques d'entre les deux guerres fut sans aucun doute l'orgue Hammond, mis en vente en 1935. Une volonté de démocratisation anime Laurens Hammond, son créateur, qui le destine à prendre place dans les temples et les églises des États-Unis pour accompagner l'office. Les roues phoniques et les tirettes harmoniques, permettant une grande richesse de timbres (l'orgue Hammond est considéré comme l'ancêtre de la synthèse additive), vont intéresser de nombreux musiciens dans le domaine des musiques populaires. Un des premiers d'entre eux est le jazzman Jimmy Smith qui en devient un virtuose dès 1953. Le rock des années soixante en est largement teinté, que l'on pense à cet égard aux Doors, à Procol Harum, puis à Deep Purple etc.


Entre-temps, Adolph Rickenbacker a commercialisé en 1931 les premières guitares électriques solid body (Electro Strings Company), lesquelles peuvent rivaliser avec le volume sonore des big bands de jazz en vogue à l'époque. Cet instrument va dès lors connaître une multitude d'expérimentations sonores dans le domaine de la musique populaire (mais sera aussi parfois utilisé dans la musique savante). La plus caractéristique sera la saturation du son, obtenue soit par la distorsion (expérimentée dès 1954 par Eddie %Guitar Slim" Jones et Johnny « Guitar » Watson qui poussent leur système d'amplification au-delà de ses capacités), soit par le principe de l’overdrive artificiellement produit par l’adjonction d'une pédale d'effet qui permet de créer cette saturation du son. C'est à l'origine la pédale fuzz, apparue dans les années soixante. Le premier expérimentateur involontaire en est le guitariste de studio Grady Martin, qui exploitera alors le phénomène causé la première fois par un ampli défaillant sur un morceau du chanteur de country Marty Robbins (Don't Worry). La principale fonction de la distorsion est à l'origine d'exploiter un sustain (tenue de notes longues) que la guitare ne parvient pas à jouer autrement. Mais cela transforme en profondeur le grain de la guitare électrique, jusqu'à en faire un générateur de matières sonores multiples, tel qu'on peut l'entendre dans les prouesses virtuoses de Jimi Hendrix dans les années soixante, mais aussi dans le hard-rock des années soixante-dix jusque dans les sons de metal rock des années quatre-vingt à nos jours (et plus encore de death metal).

En 1939, les laboratoires Bell inventent le vocoder (système de transformation vocale au travers d'un autre son) afin d'aider aux communications longues distances (on peut ainsi réduire les informations contenues dans les voix, les filtrer). L'effet, peu concluant pour la téléphonie car donnant un aspect robotique aux voix, sera largement utilisé dans la musique dès les années cinquante.


Conçue en 1942, l'Ondioline de Georges Jenny (États-Unis) est commercialisée à partir de 1947. Disposant d'un clavier et d'un contrôleur de vibrato (le clavier est suspendu à un système de ressorts qui permet cette expression dans le jeu sur les touches), elle est censée imiter des instruments acoustiques existants. Encore une fois, la quête d'une nouvelle musique basée sur ces nouvelles technologies n'est pas favorisée. L'instrument trouvera ses amateurs, notamment en la personne de Jean-Jacques Perrey, un des premiers initiateurs d'une musique électronique pop dans les années cinquante/ soixante. Le Clavioline du Français Constant Martin (1947) donnera aussi une imitation (non convaincante) de sons d'instruments traditionnels. Il est en revanche le premier instrument électronique distribué en masse. Ces deux instruments sont les principaux d'une myriade d'autres conçus depuis les années trente sur ce même souci d'imitation. Une impasse. On entend néanmoins le Clavioline dans plusieurs enregistrements pop des années soixante dont l'excellent < Telstar > des Tornadoes réalisé par Joe Meek.


La suite tout prochainement

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